Dignité et Amour-propre

Il est important de bien saisir le sens profond des mots amour-propre et dignité qui, loin d’être des synonymes, concernent deux niveaux différents de l’être : le moi ou aspect personnel et le Soi ou dimension universelle.

L’amour-propre, comme son nom l’indique, consiste dans l’attachement à sa petite personne ; il nous rend possessif, exclusif, susceptible, suspicieux, jaloux, lâche et prétentieux. Intéressé par nature, il sert l’ego et le paraître.

La dignité qui manifeste dans l’être moral le plan impersonnel et unitaire de l’Esprit est désintéressée et sert la justice et la vérité, vérité qui -soit dit en passant blesse souvent l’amour-propre.

Par amour-propre, on est prêt à toutes les bassesses et les trahisons pour sauver la face et protéger ses intérêts ; par dignité, on est prêt à tout sacrifier -même sa vie- afin de sauvegarder son intégrité.

Par amour-propre, on préfère penser « comme monsieur tout le monde », et on voudrait que tout le monde pense comme nous ; esclave du qu’en dira- t-on et assoiffé de reconnaissance, voire de flatterie, on devient manipulateur pour, à son tour, être manipulé par ceux qui exploitent les faiblesses et la vanité.

La dignité nous libère du qu’en-dira-t-on, nous force à être authentique, à ETRE VRAI, à dire ce que l’on pense vraiment, en toute liberté, quitte à être marginalisé pour cela.

La dignité de l’homme n’est pas dans son importance sociale, mais dans la qualité et le désintéressement avec lesquels il remplit sa fonction dans la société. Elle n’est pas non plus dans le fait qu’il ait tout ce qu’il faut pour être heureux et bien portant, mais dans sa façon d’assumer ou d’acquérir ce qui lui manque.

La dignité impose naturellement le respect. On la trouve plus souvent chez les opprimés, les déshérités et les malchanceux que chez ceux qui, parvenus au sommet de la réussite sociale, enivrés par le pouvoir que procure leur illusoire supériorité, se prennent pour les maîtres du monde.

On ne peut donner la dignité, mais on peut l’éveiller en favorisant, dès la prime jeunesse, l’autonomie et le sens des responsabilités. Toute forme de dépendance et d’assistanat dégénère tôt ou tard en abus, autant de la part de celui qui donne que de celui qui reçoit.

On confond trop aisément le droit, indissociable du devoir, et le dû qui n’est qu’une dette à notre égard.

Celui qui perd sa dignité s’avilit.
Celui qui perd son amour-propre s’ennoblit.
On est digne quand on est mort à l’amour-propre.