Quand Amfortas (9509) ouvre une nouvelle quête

Il suffit parfois d’un astéroïde. D’un nom croisé presque par hasard. D’une recherche que l’on commence à approfondir. Et soudain, un fil apparaît.

On le tire. Puis un autre vient avec lui. Et peu à peu, ce que l’on croyait être l’étude d’un astéroïde isolé révèle tout un univers symbolique.

C’est exactement ce qui vient de m’arriver avec (9509) Amfortas.

Et cette recherche va finalement donner naissance à une nouvelle série consacrée aux astéroïdes du Graal.

Tout commence avec (9509) Amfortas

Dans le langage de la microastrologie, j’avais jusqu’ici répertorié (9509) Amfortas autour de notions très précises : infertilité, problème sexuel, impuissance.

Ces significations viennent directement du personnage mythologique auquel l’astéroïde doit son nom. Amfortas appartient à l’univers de Parsifal, notamment rendu célèbre par l’opéra de Richard Wagner créé en 1882. Il est le gardien du Saint Graal. Mais il est un gardien blessé. Une blessure étrange, persistante, impossible à guérir.

Selon les différentes traditions, elle se situe à la cuisse, à l’aine ou dans la région génitale.

Cette localisation explique pourquoi Amfortas a naturellement été associé à l’impuissance, à l’infertilité ou à une atteinte de la puissance sexuelle.

Mais en revenant vers son histoire, une évidence m’est apparue : Amfortas parle de beaucoup plus que cela.

La blessure de puissance

Amfortas possède une fonction sacrée. Il est gardien du Graal.

Il détient donc une responsabilité, une puissance et une place particulières. Pourtant, il est blessé. Et cette blessure l’empêche d’exercer pleinement ce qu’il est censé accomplir. C’est là que le symbole devient passionnant. Car l’impuissance d’Amfortas pourrait ne pas être uniquement sexuelle.

Elle pourrait représenter toutes ces situations dans lesquelles : je voudrais agir, mais quelque chose m’en empêche.

Je possède une fonction, mais je n’arrive plus à l’exercer. Je sais ce que je devrais faire, mais je n’en ai plus la force.

Une partie de ma puissance existe toujours, mais une blessure m’empêche d’y accéder.

Amfortas pourrait ainsi devenir également, l’astéroïde de la blessure de puissance.

Quand la puissance est « nouée »

Il existe autour de l’impuissance une expression ancienne particulièrement intéressante : « nouer l’aiguillette ».

Pendant plusieurs siècles, dans les croyances populaires européennes, le « nouement de l’aiguillette » désignait un maléfice auquel on attribuait l’impuissance sexuelle d’un homme, notamment lorsqu’elle apparaissait brutalement au moment du mariage ou de l’union.

On imaginait alors que sa puissance avait été symboliquement nouée, entravée, empêchée. Bien entendu, il ne s’agit pas ici d’affirmer la réalité de ces pratiques, mais d’en observer la puissance symbolique. Car cette ancienne représentation résonne étonnamment avec le mythe d’Amfortas.

Amfortas n’est pas simplement un homme blessé. Il est un homme dont la puissance ne peut plus pleinement s’exercer.

Sa blessure touche la cuisse, l’aine ou, selon certaines interprétations, la région génitale. Elle atteint donc symboliquement sa capacité à engendrer, à agir, à se tenir debout, mais également à exercer sa fonction de roi et de gardien du Graal.

Sa puissance existe encore. Mais quelque chose l’empêche de circuler. Elle est comme nouée.

C’est cette dimension qui me conduit aujourd’hui à élargir (9509) Amfortas.

L’astéroïde pourrait certes parler d’impuissance ou d’infertilité au sens littéral, mais également de toutes les situations dans lesquelles nous faisons l’expérience d’une puissance entravée : Vouloir et ne plus pouvoir. Être capable et pourtant se sentir empêché. Posséder une force sans parvenir à l’utiliser. Perdre momentanément ses moyens. Se sentir privé de sa souveraineté.

Ou avoir la sensation que quelque chose — intérieur ou extérieur — nous empêche d’accéder à une puissance qui pourtant nous appartient.

Amfortas poserait alors une question essentielle : Où ma puissance s’est-elle retrouvée nouée ?

Et surtout : qu’est-ce qui pourrait aujourd’hui la délier ?

Une blessure qui ne guérit pas

Il existe une autre particularité essentielle dans son histoire. La blessure d’Amfortas ne cicatrise pas. On cherche des remèdes. On tente de soulager sa souffrance. Mais rien ne fonctionne véritablement.

Cette dimension ouvre immédiatement une autre piste microastrologique : Amfortas pourrait-il parler des blessures persistantes ?

Celles qui reviennent. Celles que nous pensions avoir dépassées. Celles que nous avons tenté de traiter par différents moyens sans parvenir à atteindre leur véritable origine.

Et évidemment, une rencontre astrologique devient immédiatement fascinante à observer : Amfortas et Chiron.

Que se passe-t-il lorsque (9509) Amfortas rencontre (2060) Chiron, l’un des grands symboles astrologiques de la blessure et de la guérison ?

Au natal ? En transit ? Lors d’un retour de Chiron ?  En synastrie ?

Voilà exactement le type de configurations que la microastrologie permet d’observer.

Non pour affirmer qu’un astéroïde provoque une blessure. Mais pour étudier les extraordinaires correspondances symboliques qui peuvent parfois apparaître entre un mythe et une expérience vécue.

Mais pourquoi Amfortas est-il blessé ?

Et c’est précisément en posant cette question que mon étude a changé de dimension. Parce qu’Amfortas n’a pas été blessé par hasard.

Pour comprendre sa blessure, il faut rencontrer d’autres personnages. Il faut comprendre Klingsor. Il faut rencontrer Kundry. Et pour comprendre comment cette blessure pourra finalement être guérie, il faudra suivre Parsifal.

En tirant le fil d’Amfortas, je découvrais donc progressivement toute une constellation astéroïdienne.

Et regardez leurs numéros : (9508) Titurel, (9509) Amfortas, (9510) Gurnemanz, (9511) Klingsor

Quatre astéroïdes successifs. Quatre personnages appartenant au même univers.

À ceux-ci viennent notamment se joindre : (553) Kundry et (2095) Parsifal.

Nous ne sommes donc plus devant un astéroïde isolé. Nous sommes devant un véritable récit céleste.

Les personnages du Graal

Chacun semble porter une fonction particulière.

(9508) Titurel nous parle de l’héritage, de la transmission du Graal, de la charge spirituelle et de ce qui nous précède.

(9509) Amfortas porte la blessure.

(9510) Gurnemanz connaît l’histoire. Il transmet, enseigne, accompagne et permet à celui qui cherche de comprendre d’où il vient.

(9511) Klingsor nous confronte à la magie, au pouvoir, à la maîtrise, mais également à l’ombre du pouvoir lorsqu’il devient contrôle, manipulation ou domination.

(553) Kundry porte la dualité, la passion, le désir et les combats intérieurs. Sainte et sorcière, guérisseuse et séductrice, elle contient les contraires.

Et enfin (2095) Parsifal entreprend la quête. Il traverse l’expérience. Il rencontre la tentation. Il découvre la compassion. Et il finit par comprendre ce que les autres n’avaient pas encore réussi à transformer.

Une véritable cartographie initiatique

Plus j’avance dans cette recherche, plus une hypothèse apparaît.

Et si ces astéroïdes devaient être étudiés ensemble ?

Nous avons l’habitude, en microastrologie, de rechercher un astéroïde pour comprendre une problématique particulière. Mais certains astéroïdes appartiennent à la même mythologie. Ils racontent la même histoire sous des angles différents.

Peut-être faut-il alors rechercher leurs interactions.

Une conjonction Amfortas–Chiron ne raconte probablement pas la même chose qu’un Amfortas isolé.

Un Klingsor sur Kundry ouvre encore une autre histoire.

Un Kundry activé en synastrie pourrait révéler la manière dont une rencontre vient réveiller notre propre dualité.

Un Parsifal relié à Amfortas pourrait montrer comment la quête rencontre la blessure.

Un Gurnemanz relié à Mercure pourrait peut-être parler de celui qui transmet une connaissance permettant de comprendre l’histoire.

Ce sont des hypothèses. Et c’est précisément là que commence la recherche.

Observer. Comparer. Croiser les thèmes. Étudier les transits. Regarder les synastries. Et laisser progressivement les astéroïdes révéler leur langage.

Tirer les fils

C’est cela que j’aime profondément dans la microastrologie.

Un astéroïde n’est jamais seulement un mot, un nuage de sens.

Derrière son nom existe une histoire. Derrière cette histoire existent des personnages. Derrière ces personnages existent des archétypes. Et derrière ces archétypes se cachent parfois des mécanismes profondément humains.

Alors je vais continuer à tirer les fils.

Nous commencerons par approfondir Amfortas (9509) et cette mystérieuse blessure de puissance.

Puis nous entrerons dans le royaume de Klingsor (9511).

Nous rencontrerons Kundry (553) et son extraordinaire dualité.

Nous écouterons Gurnemanz (9510), celui qui connaît et transmet l’histoire.

Nous reviendrons vers Titurel (9508), gardien de l’héritage.

Et nous suivrons enfin Parsifal (2095) dans sa quête.

Car derrière la blessure d’Amfortas se cache peut-être une question qui nous concerne tous :

Quelle blessure m’a fait perdre une partie de ma puissance ?

Et derrière toute la quête du Graal, une seconde question attend déjà :

Que dois-je comprendre pour pouvoir la retrouver ?


À suivre — Les Astéroïdes du Graal

Ce voyage ne fait que commencer…

En tirant le fil d’Amfortas (9509), c’est toute une constellation d’astéroïdes qui s’est révélée. Je vais donc poursuivre cette exploration à travers une série d’articles consacrés aux différents personnages de Parsifal.

Dans les prochains articles, nous partirons à la rencontre de :

(9511) Klingsor — Le pouvoir et son ombre
Magie, maîtrise, fascination, influence, contrôle… Que faisons-nous de notre pouvoir, et que se passe-t-il lorsque nous l’abandonnons à quelqu’un d’autre ?

(553) Kundry — La dualité des extrêmes
Guérisseuse et tentatrice, sainte et sorcière, conscience et désir… Que révèle Kundry de nos propres contradictions ?

(9510) Gurnemanz — Celui qui connaît l’histoire
Le sage, le témoin, le guide, celui qui transmet la mémoire et donne les clés… sans jamais accomplir la quête à notre place.

(9508) Titurel — L’héritage du Graal
Ce qui nous précède, ce qui nous est transmis et les charges invisibles dont nous devenons parfois les dépositaires.

(2095) Parsifal — La quête et la transformation
Celui qui traverse l’épreuve, rencontre la tentation, comprend la blessure et découvre le chemin permettant de restaurer ce qui avait été perdu.

Et enfin, nous réunirons tous ces personnages pour explorer le Complexe du Graal dans une carte du ciel : au natal, en transit et en synastrie.

Car derrière ces astéroïdes se dessine peut-être une véritable cartographie initiatique :

l’héritage, la blessure, le pouvoir, le désir, la transmission… puis la quête qui permet de transformer l’histoire.

Restez à l’affût, je ne fais que commencer à tirer les fils…

Muriel Kennel Astr’AME