Il y a parfois, en microastrologie, des découvertes qui nous laissent quelques secondes sans voix.

Pas parce que nous cherchons à faire correspondre un astéroïde à ce que nous vivons. Mais justement parce que nous découvrons sa position après avoir été interpellés par son sens.

Et c’est exactement ce qui vient de m’arriver avec (8772) Minutus.

Tout commence par une conversation avec Élie…

Nous étions en train d’échanger autour de cette sensation particulière que peuvent représenter certaines périodes de vie : une forme d’hibernation. Ces moments où l’on a le sentiment de vivre au ralenti, comme si une partie de nous s’était momentanément mise en sommeil.

Et forcément, avec Élie, une question arrive très vite : quel astéroïde pourrait bien raconter cela ?

Je pars donc à la recherche d’une piste dans les différents tomes du Langage de la microastrologie. Et le premier qui retient mon attention est (5981) Kresilas.

Dans les explications données par Damien Foor, la signification de Kresilas semble notamment évoquer : « sortir de, hiberner, vérifier, fuir ». Évidemment, le mot « hiberner » m’interpelle. Je vais donc immédiatement regarder où se trouve Kresilas dans mon thème et observer ses résonances. Et déjà, certaines correspondances apparaissent : Conjonction à mon NS et (3811 Karma).

Mais quelque chose me pousse à poursuivre mes recherches. Parce que derrière cette sensation d’hibernation, il y a autre chose que j’essaie de nommer. Quelque chose de plus intime. Ce sentiment de se retrouver parfois petite face à la vie, plus seule aussi, comme si certains repères qui nous entouraient jusque-là s’étaient progressivement effacés.

Une période où l’on continue d’avancer, où la vie continue, mais où l’on se retrouve davantage face à soi-même.

Alors je continue à feuilleter les livres. J’explore encore deux ou trois astéroïdes. Je lis les nuages de sens. Je cherche. Et puis je tombe sur (8772) Minutus.

Et là, je m’arrête. Parce que son nuage de sens ne me parle plus seulement d’hibernation. Il met des mots, presque exactement, sur ce que je suis en train de vivre.


(8772) Minutus : Minimini, petite taille, être le fils de son père, ressembler, petit devant la vie, sentiment de solitude, être affaibli.


Plusieurs oiseaux portent d’ailleurs minutus, « petit », comme épithète d’espèce, notamment le petit goéland, Larus minutus. Mais ce qui m’interpelle encore davantage est le degré symbolique qui lui est associé : Degré Hindou : « Homme au milieu de l’océan sur un radeau, affamé et dans une pitoyable détresse. » Degré d’isolement. Solitude et dépouillement, possibilité d’exil.

Et là, le symbole me parle immédiatement. Petit devant la vie. Sentiment de solitude. Être affaibli. Isolement. Mais surtout cette image de l’homme sur son radeau, au milieu de l’océan, parce qu’elle ressemble étrangement à ce que je traverse actuellement.

Entre deux rives

Ces derniers temps, ma vie personnelle a profondément changé. J’ai déménagé. J’ai quitté un lieu, des habitudes, des repères, une manière d’habiter mon quotidien, sans avoir encore véritablement retrouvé mon nouveau territoire.

Je pourrais presque appeler cette période une transhumance.

Ma vie continue. Mes projets continuent. Mon activité continue. Et pourtant, personnellement, je me sens parfois entre deux terres. Je ne suis plus véritablement sur l’ancienne rive et je n’ai pas encore posé mes valises sur la suivante.

Et dans cet entre-deux existe une forme de solitude particulière. Pas nécessairement celle d’être seule, mais celle de ne plus avoir, momentanément, les mêmes points d’ancrage.

Alors forcément, lorsque je découvre Minutus et que je lis « petit devant la vie », « sentiment de solitude », « être affaibli », puis cette image d’un homme sur un radeau au milieu de l’océan, quelque chose résonne immédiatement.

Mais à cet instant précis, je ne sais toujours pas où se trouve Minutus dans mon thème natal. Alors évidemment, je vais regarder.

Et là…

Dans mon thème natal, (8772) Minutus est à 13°36 du Lion, en Maison 3. Je regarde ensuite sa position actuelle : 13°08 du Lion.

Je vérifie. Puis je revérifie. Minutus est revenu pratiquement exactement sur sa position natale. 28 minutes d’arc seulement les séparent. Je suis donc en train de vivre un retour de Minutus quasiment exact.

Et c’est là que la microastrologie devient, une nouvelle fois, fascinante. Parce que je ne suis absolument pas partie de mon thème en me disant : « Minutus revient sur mon Minutus natal, voyons ce que cela signifie. »

C’est exactement l’inverse. Je suis partie d’un ressenti. D’une conversation avec Élie autour de l’hibernation. D’une première recherche qui m’a conduite vers Kresilas, puis d’une exploration de plusieurs autres astéroïdes. Et c’est seulement lorsque les mots associés à Minutus m’ont profondément interpellée que j’ai eu l’idée d’aller regarder où il se trouvait dans mon ciel.

Le symbole m’a parlé avant que je connaisse la position. Et ce n’est qu’ensuite que je découvre qu’au même moment, Minutus revient quasiment à la minute près sur son degré natal.

Et pourquoi en Maison 3 ?

L’histoire devient encore plus intéressante lorsque je regarde la maison concernée. Mon Minutus natal se trouve en Maison 3. La Maison 3 est notamment celle de la pensée, du langage, des échanges, de la recherche, de notre environnement immédiat et de la manière dont nous mettons des mots sur ce que nous observons.

Et comment Minutus vient-il justement de se révéler à moi ? Par une conversation avec Élie, par une recherche, par les livres, par les mots, par cette envie de trouver un symbole capable de traduire une sensation que je percevais sans parvenir jusque-là à la nommer précisément.

Il y a quelque chose de presque vertigineux dans cette mise en abyme : Minutus revient sur lui-même en Maison 3 au moment même où une conversation et une recherche me conduisent jusqu’à lui.

Alors, que raconte réellement Minutus ?

Je crois qu’il faut être prudent lorsqu’on travaille avec les astéroïdes. Une observation, même spectaculaire, ne suffit jamais à enfermer un astéroïde dans une définition.

Et cette expérience avec Minutus me ramène justement à une question que l’on nous pose régulièrement : pourquoi ne pas classer les astéroïdes par thèmes ? Les astéroïdes de la solitude, de l’amour, de la transformation, de l’argent, du deuil, de la famille, de la réussite…

Cela pourrait sembler plus simple. Mais ce serait précisément contraire à la manière dont nous travaillons en microastrologie.


Parce qu’un astéroïde n’est pas un thème. Un astéroïde peut être un nuage de sens. Et ce nuage contient plusieurs gouttes.


Certaines vont résonner dans une situation, d’autres dans une autre. Une même goutte pourra elle-même prendre une coloration différente selon le signe, la maison, les conjonctions, les aspects, le contexte du thème et surtout l’histoire de la personne. C’est précisément cette pluralité qui fait toute la richesse du langage astéroïdien.

Classer Minutus dans une catégorie « stagnation », simplement parce que je viens d’en observer une manifestation particulière dans mon propre thème, reviendrait à réduire tout son nuage de sens à une seule de ses gouttes. Or Minutus peut parler du petit, de la petite taille, de la ressemblance, du fils de son père, du sentiment d’être petit devant la vie, de solitude, d’affaiblissement… Et demain, dans un autre thème, dans une autre histoire, dans une autre configuration, c’est peut-être une tout autre goutte de ce même nuage qui se manifestera.

C’est pourquoi, selon moi, on ne devient pas microastrologue en apprenant des listes d’astéroïdes classés par thèmes. Non pas parce que ces repères seraient inutiles, mais parce qu’un astéroïde ne peut pas être enfermé dans une seule catégorie.

C’est précisément pour cela que nous travaillons avec des nuages de sens. Derrière chaque astéroïde se trouvent différentes « gouttes », des mots qui permettent d’en explorer les multiples significations possibles. Selon le thème, la maison, le signe, les aspects et l’histoire de la personne, ce n’est pas nécessairement la même goutte qui va se manifester.

C’est aussi tout l’intérêt de l’Abécédaire de la microastrologie, qui rassemble près de 9 000 nuages de sens : offrir cette matière de recherche sans réduire un astéroïde à une seule définition.

L’astrologie traditionnelle nous donne déjà de grandes structures symboliques, des archétypes et des champs de signification. La microastrologie vient apporter une autre finesse : elle descend dans le détail, dans la singularité, parfois jusque dans un mot, une situation, une personne, un événement ou une sensation extrêmement précise.

Elle demande donc de chercher, observer, croiser, contextualiser et interpréter, pas de sélectionner mécaniquement « l’astéroïde de… ».

C’est toute la différence entre utiliser un catalogue de significations et apprendre véritablement un langage.

Le radeau n’est pas immobile

Et finalement, je reviens à cette image de l’homme sur son radeau au milieu de l’océan. Autour de lui, l’horizon semble toujours identique. Pas de route, pas de panneau, pas encore de terre visible.

Et pourtant, le radeau se déplace. Le courant agit. La traversée continue.

Simplement, celui qui est dessus ne dispose plus des repères habituels lui permettant de mesurer la distance parcourue. Et je trouve cette image particulièrement juste pour certaines périodes de notre existence.

Nous pouvons avoir quitté une rive sans apercevoir encore la suivante. Nous pouvons continuer à construire, travailler, créer, avancer, tout en ressentant intérieurement cette étrange impression d’être momentanément entre deux territoires.

Ce n’est pas nécessairement une stagnation.

C’est peut-être simplement un passage.

Un temps où la vie nous demande d’accepter de ne pas encore savoir exactement où nous allons accoster.

Et c’est peut-être là que la microastrologie prend toute sa dimension : mettre des mots sur ces mouvements invisibles de l’existence et parfois découvrir que le ciel les racontait déjà avec une précision troublante.

Et toi, que te raconte (8772) Minutus dans ton thème natal ?

Que vient-il mettre en lumière dans ce que tu traverses actuellement ?

Muriel Kennel Microastrologue Astr’AME